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Le dragage des ports



Une nécessité économique.


Les accès aux ports sont un enjeu majeur et une nécessité économique car ils permettent de maintenir, ou de développer, les activités maritimes du territoire (pêche, transport de personnel, cabotage).


Cependant ces accès (au sens général : chenaux d'accès, profondeurs au quai, profondeurs au mouillage) sont de manière inéluctable et naturelle, menacés de comblement par les sédiments ; en effet l'envasement (ou l'ensablement, suivant la nature des sédiments) est constant ; il est provoqué par les arrivées de matériaux soit venus de la mer par la houle et les courants, soit venus de la terre par les rivières.


Afin de maintenir ces accès il est nécessaire de procéder régulièrement à des travaux de dragage, opération qui consiste à enlever les sédiments excédentaires pour conserver ou améliorer la profondeur, et donc préserver l'activité économique en permettant l'accueil des navires dont le tirant d'eau lui ne diminue pas ….


Pour la commune de Clohars-Carnoët, deux sites principaux pourraient être concernés par des travaux de dragage : le port de Doëlan et le port du Pouldu Laïta.


Doëlan, est un port de travail avant le virage vers la plaisance ; l'activité principale est la pêche ; les acteurs locaux signalent depuis quelques années des difficultés d'accès à leur mouillage et à certaines zones du port.

L'enjeu principal d'un dragage est donc de maintenir dans l'immédiat la pêche artisanale, sinon de la développer en améliorant la capacité en accueil de tirant d'eau.


Cependant, le dragage pourrait être intéressant également pour l'activité touristique, notamment pour l'accueil de bateaux de plaisance (accès à des voiliers à plus fort tirant d'eau) en augmentant la capacité d'accueil en mouillages passagers.


Le débarquement d'algues, projet déjà évoqué par le passé, pourrait en être également facilité.


Enfin, à l'heure où on parle d'économie alternative, il serait intéressant d'envisager l'accueil de petits caboteurs en fret divers, et pourquoi pas, propulsés à la voile. L'activité est encore balbutiante mais mérite d'être évoquée car des sociétés s'y intéressent déjà, notamment pour des navires à propulsion mixte et "verte". Accueillir des caboteurs n'est pas une utopie : fin du 19eme siècle, Doëlan recevait déjà des caboteurs de 30 à 100 tonneaux pour l'approvisionnement des sardineries et autres activités, pour la livraison de sel, de rogue, de "fers" et même de vins …

Voir en exemple cette entreprise Bretonne "Grain De Sel" de Morlaix, qui exploite depuis deux ans un cargo à voile


le Pouldu Laïta, L'estuaire se comble depuis la disparition du sablier de Quimperlé. (Quatre sabliers se sont en effet succédés de 1926 à 1998 armés par la famille Beauséjour) rendant les passes de plus en plus difficiles et limitant l'accès à quelques heures autour de la marée haute pour les plus forts tirants d'eau. La pêche professionnelle a disparu car l'accès est trop contraignant, les pontons et infrastructures insuffisants. Le ponton aval est pratiquement au sec aux grandes marées coté quai, limitant grandement l'espace disponible.


Une reconquête d'une passe plus sûre parait utopique devant le travail à accomplir.


Cependant, les pontons se sont ensablés et ne permettent plus un accostage sûr par toutes marées pour certains tirants d'eau. Un dragage approprié, et limité aux environs des pontons actuels, permettrait de retrouver une profondeur d'eau autorisant un accostage aux bateaux de tirants d'eau plus importants que la possibilité actuelle (voiliers notamment). L'accès de plaisanciers de passage (voiliers, etc.) en serait facilité, favorisant l'activité du Bas-Pouldu.

L'exemple du port de plaisance de Guidel montre qu'un désensablement est possible par pompage et rejet en aval de l'estuaire (réalisé en 2020), sans impact environnemental).


Enfin, l'eau de la rivière est freinée par l'ensablement du fait notamment de la disparition du sablier ce qui aggrave les risques d'inondation en amont (Quimperlé).


Une méthode contraignante et respectueuse de l'environnement.


Le dragage des ports est soumis à réglementation qu'il convient de respecter en déployant une méthode stricte et contraignante mais garante de l'environnement.

Le principal écueil est la qualité des sédiments extraits qui, suivant des seuils réglementaires, autorise ou non le clapage (déversement en mer), ou contraint, à un traitement à terre avant relargage, ou pour les sédiments les plus pollués oblige à un stockage/enfouissement à terre en décharge agréée.


A ce sujet, il est intéressant de prendre connaissance du guide du CEREMA sur le dragage maritime qui apporte une aide précieuse pour les communautés se lançant dans cette opération.

Pour le lecteur intéressé, le lien pour retrouver ce guide est le suivant :


Les grandes lignes d'un projet de dragage d'un port sont les suivantes :


> La maîtrise d'ouvrage (ville, commune, département ou région) doit absolument agir en concertation avec les services de l'Etat compétent (DDTM en particulier) dès le début du projet afin de s'assurer des bonnes "règles de l'art" et de la légalité du projet (site protégé, site Natura 2000, réglementation loi sur l'eau, IOTA, etc.).


> Un marché d'études avec une société du domaine parait indispensable pour fixer les éléments suivants :

- Analyse bathymétrique de l'existant ;

- Analyse bathymétrique des besoins ;

- Evaluation du volume des sédiments à extraire ;

- Analyse des sédiments (avec échantillonnage) pour évaluation des possibilités d'évacuation des boues (clapage ou autre stockage pour dépollution) ;

- Evaluation environnementale avec une étude d'impact.


> Un marché de travaux pour les opérations physiques de dragage :

- Enlèvements/dépollutions des embâcles sous-marins sur le fond (anciens corps morts, chaînes; épaves et déchets sous-marins ou semi-envasés) ;

- Dragage mécanique (pelles mécaniques, dragueuse, etc.) ou par aspiration/succion ;

- Traitements des sédiments en fonction de la réglementation et de leurs analyses physique et biologique.


Un coût non négligeable mais un investissement pour l'avenir.


Le coût d'un dragage portuaire varie en fonction de nombreux facteurs comme :

- Le seuil de pollution des sédiments,

- La méthode de dépollution ou de traitement des sédiments déchets,

- La méthode de dragage,

- L'éloignement des sites de clapage (déversement en mer) ou des sites de traitements des déchets à terre suivant la teneur en polluant.


On estime aujourd'hui (chiffres 2020) que le coût s'échelonne de la manière suivante :


- Dragage par pompage et clapage en mer : de 4 à 30 €/m3 suivant l'éloignement du lieu de clapage ( donc sédiments très faiblement pollués) ;

- Dragage par pompage et traitement simple des déchets (peu de contaminants) : de 60 à 120 €/m3

- Dragage suivi d'un traitement complet des sédiments (pollution forte) : 250 €/m3


Enfin, il faut également rappeler que certains produits de dragage peuvent être commercialisés (sables par exemple) suivant des règles précises de l'administration mais qui peuvent être au bénéfice d'actions comme le rechargement des plages, le confortement dunaire, la constitution de remblais, l'endiguement, la poldérisation (exemple du port de commerce de Brest), etc. Cette commercialisation permet de faire baisser le coût final de l'opération.


Ces coûts peuvent paraître importants, mais ces travaux sont un investissement nécessaire pour l'avenir de nos ports et le maintien de leurs activités sur du long terme (+ de 30 ans).


Une décision politique mais qui doit être démocratique


Pour le budget d'une commune, le coût d'une telle opération n'est pas négligeable. Cependant, elle relève d'une nécessité économique intéressant directement le citoyen cloharsien, bien plus que la construction d'un musée …énième hommage à Gauguin.


Cette opération nécessite une programmation soignée autant technique qu'économique par

la mise en place d'un Plan Pluriannuel d'Investissements (PPI), et la mise en place de partenariat avec Quimperlé Communauté, le Département et la Région (subvention). Cet investissement représente le type même de projet éligible au plan de relance de l'Etat.


Une discussion/débat pourrait avoir lieu en commission des Ports en premier ressort, puis en conseil municipal pour connaitre l'avis de l'ensemble des élus sur la question, pour autoriser le lancement d'une étude de faisabilité.


Enfin, une consultation des Cloharsiens serait la bienvenue en présentant une première analyse de coûts (avec publication préalable du résultat de l'étude de faisabilité ), les avantages attendus et les éventuels impacts environnementaux.


Voilà le projet type qui pourrait sans doute réunir majorité et opposition pour le bien commun de la Commune.

Alors, on drague ?


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